Marque :    Compass        Modèle :  Compass        Format  24 x 36 sur plaque en verre ou sur film 38 mm non perforé

Caractéristiques : Alors là, c'est du lourd. 

Il fut étudié par Noël Pemberton-Billing, un anglais touche à tout. Tour à tour aventurier, boxeur, policier et marchand de bateaux à vapeur, il crée en 1913 la Pimberton-Billing Ltd pour fabriquer des avions. 

Cette société donnera naissance plus tard à Supermarine qui fabriquera les hydravions anglais de la coupe Schneider puis le Spitfire. En 1915, il vend son usine et se fait élire au parlement. 

C'est en 1930 qu'il commence l'étude du Compass qui sera finalement présenté en 1937. (à priori, il vaut mieux ne pas trop gratter le palmarès politique de Pemberton-Billing mais je vous laisse faire la recherche). 

Il remit ça après guerre avec un autre appareil miniature : Le Phantom dont il n'existe qu'un prototype vendu aux enchère en 2001 pour 122 000 livres.

Vu la taille de l'objet (55 mm x 70 mm x 30 mm plié) et le raffinement de la construction, il s'est astucieusement adressé à des horlogers, en l'occurrence, la Maison Lecoultre et Cie, devenue depuis Jaeger Lecoultre, au Sentier (dans la vallée de Joux, canton de Vaud en Suisse). 

Quand on voit l'appareil et qu'on connaît un peu l'horlogerie, la patte de Lecoultre est évidente dans la réalisation et les qualités de finitions. Les horlogers auxquels je l'ai montré sont tous tombés sous le charme.

II en a été fabriqué moins de 4000 exemplaires. Le mien portant le N° 3766 doit donc être un des derniers produits. C'est un bloc d'aluminium fraisé dans la masse avec quelques parties en acier chromé. Le mien est gravé en Allemand mais il existe des versions en Français et Anglais. La liste des fonctions et accessoires est impressionnante. (je ne suis toujours pas sûr d'avoir tout vu)

Tant qu'a faire, Lecoutre a réalisé un adorable petit trépied dédié qui se replie dans un tube en forme de stylo qui tient très bien dans une poche de veste. Les 3 pieds en aluminium sont dotés d'extension pivotantes qui évoque irrésistiblement 2 autres marques Suisses : Victorinox (les couteaux suisses) ou Kern (les compas)

Il y a aussi eu un dos en format 828 fabriqué dans les années 60 et qui est aussi introuvable que le film 828

Le voici sur son pied 

L'ensemble

De face volet fermé. On voit bien la tabelle de calcul de profondeur de champ

De face volet ouvert. Les 2 boutons de déclencheurs sont libérés. Le CH en haut à droite indique que cet appareil était destiné au marché Suisse.

Coté du viseur d'angle (winkel-sucher) et de la douille qui de dévisse et vient se combiner avec la douille placée de l'autre coté de l'appareil pour former une douille pivotante utilisée pour faire des couples de vues en stéréo. (vu la complexité des opérations à effectuer et la visée "pifométrique" à faire, je doute un peu du résultat)

L'autre coté de l'appareil avec la douille pour les photos panoramiques vissée dans son rangement.

Pare-soleil rentré et protège objectif en place

Du même coté mais avec l'objectif rentré.

De dessous, on voit la pièce pivotante qui porte le filetage pour le pied. Les 4 pointages visibles sur la plaquette en acier concentrique au pivotement de la pièce reçoivent une bille à ressort pour matérialiser les rotations de 45° pour les photos panoramiques. Pour la stéréo, seules les deux position extrêmes sont utilisées.

Le bas de l'appareil reçoit les oculaires du télémètre et de l'extinctomètre.

Le petit levier mettant le miroir du viseur d'angle en position ce qui permet de viser à 90° à droite de la direction qu'on a l'air de viser en regardant dans l'oculaire "winckel-sucher".

Vue de dessus et du niveau à bulle. Zu et Auf indiquent le sens pour verrouiller et déverrouiller les baïonnettes qui maintiennent les tube en extension.

Vue du dos. Le volet rectangulaire au centre donne accès au dépoli de mise au point. En bas, les oeilletons du télémètre et du viseur/extinctomètre

La loupe de mise au point en position de travail

La réglette de l'extinctomètre avec son verre d'opacité croissante. La lecture est correcte quand on ne voit plus que les hautes lumières dans le viseur. La petite tirette entre l'oculaire de l'extinctomètre et celui du viseur d'angle ajoute un deuxième filtre en cas de luminosité trop importante. Il faut alors retirer 8 au résultat donné par la lecture de la réglette

Une autre vue du protège objectif

Le pare-soleil déplié

Le dos rollfilm

Les extensions type "Edward aux mains d'argent" des pieds du tripode

Le pied rangé, prêt à se glisser dans une poche.

La liste des brevets gravée sur le support télescopique de la loupe de mise au point

Le design de la montre est contemporain de l'appareil photo mais ce n'est, hélas, qu'une interprétation moderne munie d'un mouvement à quartz : La Reverso, grand classique de la maison Jaeger-Lecoultre.

J'ai déniché deux exemplaires de plaques 24 x 36 pour le Compass. En fait, ce ne sont pas réellement des plaques mais des morceaux de film enchâssés dans un cartonnage faisant office de châssis porte plaque.

L'un des 2 exemplaires va rester sagement dans la vitrine de l'appareil mais l'autre a été autopsié pour me permettre de refaire d'autres plaques. 

J'ai scanné les deux éléments puis j'ai retouché sous Photoshop pour bien noircir la forme des deux cartons. Les filets blancs sont à la place des pliages.

J'ai ensuite imprimé ça sur un papier de 160 grammes

puis découpé les éléments.

D'abord le fourreau qui coulissera pour dévoiler le négatif

Voila le support de film une fois découpé. La petite languette en haut se repliera sur le volet. Elle servira d'appui au morceau de film qui sera fixé par un petit bout de scotch en bas du volet.
Le rectangle qui empiète sur l'ouverture de l'image se plie en 2 avant de se rabattre en dehors de la zone image. Le bourrelet ainsi constitué guidera le bas du fourreau quand on refermera après la prise de vue.
les 2 volets droite et gauche viendront se rabattre par dessus le volet porte film recouvert de son fourreau.
La languette sous le volet gauche viendras se glisser dans une fente du fourreau

Pour le fourreau, il n'y a plus qu'à le coller et le mettre de coté

Là, le fourreau est en place autour du volet porte film (Y'a pas encore de film : va falloir faire ça dans le noir)


Pour le support de film c'est un peu plus délicat : Après avoir découpé dans le noir un morceau de film de 35 x 40 mm il faut le coller au bon endroit avec un petit bout de scotch, le recouvrir par le fourreau, plier tout ça et assurer la fermeture avec une pince à dessin avant de finir à la lumière. Pour donner une idée, voila le pliage à effectuer dans le noir.

 

Pour la fermeture définitive j'avais préparé une feuille d'étiquettes autocollantes.

Voici le résultat terminé. En bas le modèle, au dessus, ma production. 

Ca a l'air bien comme ça mais, à l'usage, 2 de mes cartouches n'ont pas voulu s'ouvrir une fois insérées dans l'appareil et je me suis trompé dans mon calcul d'exposition pour les 2 autres (j'ai testé ça par un froid polaire qui me figeait les neurones et j'ai oublié de tenir compte du filtre orange). 

En plus, la manipulation dans le noir et le traitement sans cuve adaptée de petits morceaux de film sont voués à l'échec. J'ai donc décidé d'utiliser le dos pour film et dessiné un papier protecteur qui m'a permis de charger les bobines du dos pour film avec un morceau de film 135.

Manifestement, ce n'est pas encore ça. Je pense que le film ne doit pas être collé sur le papier protecteur mais bout à bout pour éviter la surépaisseur qui provoque des rayures sur l'émulsion. Ce ne sont pas des fils qui pendent sur la photo :-(

Celle ci est un peu moins rayée mais ce n'est quand même pas terrible. Le format carré est du à une erreur de ma part : je pensais que le 24 mm était dans la largeur du film et le 36 dans la longueur et j'ai utilisé du film perforé. Du coup, la largeur disponible du film est égal à l'avancement entre 2 vues et hop, 24 x 24

 Une publicité de l'époque qui m'a aimablement été fournie par la maison Jaeger Lecoultre en même temps que le mode d'emploi qui m'a été précieux pour finir de comprendre l'engin

Et le texte d'un communiqué de presse de Jaeger Lecoultre

 L’incroyable Compass

Il y a trois-quarts de siècle, l’histoire de Jaeger-LeCoultre croisa celle de la photographie. La Manufacture fabriqua l’un des appareils photo les plus incroyables de son époque : le Compass.

L’aventure débuta en Angleterre avec un personnage étonnant : Noel Pemberton Billing. Homme d’affaire et pilote, il avait fondé un société aéronautique dans son pays, une maison de fret en Afrique du Sud et un casino à Mexico. Poète, il avait écrit plusieurs pièces de théâtres. Ingénieur, il avait inventé cent objets dont la cigarette qui s’allume toute seule et l’avion à l’origine du Spitfire. Un soir de la fin des années 1920, il fit le pari de créer un appareil photo d’une qualité sans précédent, rassemblant toutes les fonctions possibles, et susceptible d’entrer dans un paquet de cigarette !

Pour mettre au point et fabriquer un tel objet, il comprit bientôt qu’il aurait besoin d’une Manufacture horlogère entièrement intégrée, maîtrisant parfaitement la miniaturisation et capable de relever les défis les plus fous. Or, la Manufacture LeCoultre & Cie, ancêtre de Jaeger-LeCoultre comptait à son actif des centaines de calibres, parmi lesquels le plus petit du monde, le plus plat et la célèbre pendule Atmos. En 1934, Pemberton prit donc le chemin de la Vallée de Joux où son projet suscita le plus grand enthousiasme.

Trois ans de développement furent nécessaires pour mettre au point les 290 composants du Compass. Lancé en 1937, l’appareil photo eut un retentissement extraordinaire. Il fit sensation aussi bien par son design avant-gardiste que par ses fonctions. Il offrait un posomètre, un télémètre, un parasoleil télescopique, des filtres incorporés, un exposemètre à extinction, des indices de lumination, un viseur d’angle, un dispositif pour vues panoramiques et pour prises stéréoscopiques, et un trépied ultra léger conçu spécialement.

Si la Seconde Guerre mondiale et les problèmes de pellicule eurent raison du Compass, il demeure aujourd’hui un objet très recherché par les collectionneurs. Il est exposé dans plusieurs musées et son histoire a laissé de nombreuses traces.

La couverture d'un livre de Bernard Muraccioli avec mon appareil en couverture.

Un livre d'André Bessot ou mon appareil illustre la version allemande.

Pour le Cyclope, je suis innocent : j'ai un alibi je n'avais pas encore de Compass.

L'appareil figure dans le livre

à la page 365